Notre corps : meilleur ami ou pire ennemi ?
À travers les quelques expériences que j’ai vécues en réconciliation corporelle par la photographie, j’ai fait un constat qui me revient de plus en plus souvent. On ne se réconcilie pas avec son corps en cherchant à le cacher. On ne se réconcilie pas avec soi en fabriquant une image de soi qui serait plus acceptable, plus lisse, plus proche de ce que l’on croit devoir être. On peut bien sûr jouer avec la lumière, les vêtements, les angles, les poses… La photographie est aussi un espace de création. Mais pour moi, il y a une différence entre mettre en valeur quelqu’un et chercher à le transformer.
Je crois que la beauté vient beaucoup plus de la spontanéité que de la perfection. Elle vient de ce qui nous appartient, de ce qu'on ose montrer. De cette façon particulière de sourire. De cette posture. D’un regard. D’une cicatrice. D’une courbe. D’une asymétrie. D’une manière de bouger ou simplement d’être là. Tout ce qui fait que nous sommes nous. Et cette beauté-là n’a pas forcément grand-chose à voir avec les standards.
Parce que finalement, qu’est-ce qu’un standard ? C’est une référence extérieure à laquelle nous essayons de nous comparer. Et plus nous nous comparons, plus nous nous éloignons de nous-mêmes. Je crois même que l’on peut passer toute une vie à essayer de devenir « assez » : assez mince, assez jeune, assez jolie, assez féminine, assez désirable… Et pendant ce temps-là, on oublie parfois de regarder la personne qui est réellement devant nous.
Comment trouver beau ce que l’on passe son temps à rejeter ?
Comment aimer son corps lorsque l’on culpabilise constamment de l’avoir ?
Comment porter un regard doux sur une partie de soi que l’on considère depuis des années comme un défaut ?
Notre regard sur notre corps ne naît pas seulement devant un miroir. Il est aussi chargé de notre histoire. Des paroles que nous avons entendues. Des regards qui nous ont blessés. Des comparaisons. Des expériences qui ont laissé une empreinte. Et cela ne concerne pas uniquement les corps qui ne correspondent pas aux critères de beauté actuels. Nous pouvons tous avoir quelque chose en nous que nous cherchons à cacher. Une partie de notre corps. Une partie de notre histoire. Une part de nous-même que nous avons du mal à accepter.
La réconciliation avec son corps, pour moi, n’est donc pas le fait de finir par trouver chaque partie de son corps magnifique. C’est plus profond que cela. C’est pouvoir regarder ce corps sans avoir immédiatement envie de le modifier.
C’est pouvoir habiter son corps sans être constamment en train de le juger. C’est accepter ses différentes parts, même celles que l’on aurait aimé différentes.
Notre corps, que nous soumettons si souvent au jugement, est pourtant celui qui nous accompagne chaque jour, celui qui nous permet de vivre, de ressentir, de bouger, d’être en santé ou de nous alerter lorsque quelque chose ne va pas.
Alors peut-être nous revient-il simplement de choisir la place que nous voulons lui donner : celle d’un adversaire que nous cherchons sans cesse à corriger, ou celle d’un allié que nous apprenons enfin à écouter, à respecter et à habiter.





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