« Maintenant que je vous ai trouvée, je ne vous lâche plus… »
Un jour, une dame m’a dit cette phrase : « Maintenant que je vous ai trouvée, je ne vous lâche plus ! » Elle était enthousiaste. Elle avait cherché longtemps quelqu’un pour l’accompagner. Quelqu’un avec qui elle se sente réellement en confiance, quelqu’un dont l’approche corresponde à ce qu’elle cherchait. Et évidemment… entendre cela fait énormément plaisir. Je crois que tout praticien rêve, à un moment ou à un autre, d’entendre ce genre de paroles. Se sentir choisi. Se sentir reconnu. Sentir que notre manière d’accompagner trouve pleinement sa place chez quelqu’un. Et pourtant…
Cette réflexion me touche d’autant plus que je connais aussi cette situation de l’autre côté.
En tant que receveuse, j’ai moi-même été très régulière, pendant des années, avec certaines personnes qui m’ont accompagnée. Elles ont compté. Elles ont participé à mon cheminement, à mes prises de conscience, à mes transformations. Elles ont, chacune à leur manière, fait partie de ce que je suis devenue aujourd’hui. Et pourtant, aujourd’hui, je ne ressens plus nécessairement le besoin de recevoir ce qu’elles m’apportaient à cette époque.
Non pas parce qu’elles ne sont plus compétentes. Non pas parce qu’elles ont fait quelque chose de mal. Non pas parce que ce que nous avons vécu ensemble n’avait plus de valeur. Bien au contraire.
C’est justement parce que cet accompagnement a eu sa place qu’il a pu m’aider à avancer jusqu’à devenir celle que je suis aujourd’hui. Mais celle que je suis aujourd’hui n’est plus exactement en résonance avec celle que j’étais alors. Et donc mes besoins ont changé. Je crois que c’est quelque chose d’important à accepter dans toute relation d’accompagnement. Nos besoins ne sont jamais figés. Ceux de notre corps, ceux de notre esprit, ceux de notre âme évoluent constamment. Nous traversons des périodes différentes, des étapes différentes, des transformations parfois imperceptibles. Et ce qui résonne profondément avec nous aujourd’hui ne résonnera peut-être plus de la même manière demain.
Cela peut être vrai pour une pratique. Pour un praticien. Pour une méthode. Pour une personne qui nous accompagne. On peut trouver quelqu’un qui nous correspond parfaitement à un instant donné, être accompagné pendant des mois, parfois des années… puis ressentir un jour que quelque chose a changé. Et ce changement n’est pas nécessairement le signe que le praticien a fait quelque chose de mal. Ce n’est pas forcément une déception. Ce n’est pas forcément un échec. Ce n’est pas forcément une rupture. C’est parfois simplement l’évolution. Parce qu’un accompagnement, à mes yeux, n’est pas une possession. C’est une rencontre.
Un partenariat qui doit pouvoir s’ajuster au mouvement de la personne accompagnée.
Et peut-être même que la beauté d’un accompagnement réside aussi dans sa capacité à laisser partir, lorsque le chemin prend une autre direction. Nous pouvons nous engager, bien sûr. Mais cet engagement est avant tout un engagement envers nous-mêmes, envers notre propre cheminement, notre propre évolution, notre propre écoute. Pas un engagement à vie envers un praticien, sinon c'est un gourou ! Pas une obligation de revenir parce que « maintenant que je l’ai trouvée, je dois la garder ». Pas un rendez-vous pris par peur de déplaire. Pas par culpabilité. Pas par habitude. Et surtout pas par dépit.
Chaque rendez-vous devrait pouvoir être un choix conscient. Un « oui » qui vient de quelque part en soi. Un oui parce qu'à cet instant, cette personne, cette pratique, cette rencontre répond encore à quelque chose dont nous avons besoin. Et puis peut-être qu’un jour, ce ne sera plus le cas. Et ce sera OK. Parce que l’objectif d’un accompagnement n’est pas de créer de la dépendance. C’est, au contraire, de permettre à chacun de devenir toujours un peu plus libre dans ses choix, plus autonome dans son chemin et plus à l’écoute de ce qui est juste pour lui.
Alors oui, je serai toujours profondément touchée par quelqu’un qui me dit : « Maintenant que je vous ai trouvée, je ne vous lâche plus. » Mais au fond, ce que j’aimerais encore davantage entendre, c’est : « Aujourd’hui, j’ai envie de venir vous voir. » Parce que derrière cette phrase, il y a quelque chose de beaucoup plus précieux : le choix.





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